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La Ligne Maginot des intervalles

Fabrications spéciales, matériels de récupération et autres curiosités de la fortification de campagne plus ou moins renforcée

 1935-1940  

Reprise améliorée d'un article de Jean-Bernard Wahl paru en 1992 dans la revue Le Mur.

 


Décembre 1935. La Commission d'Organisation des Régions Fortifiées, la fameuse CORF, cesse son activité et disparaît [1]. Depuis 1927 elle a œuvré sans relâche à la conception et à la réalisation de l'un des plus grands systèmes fortifiés jamais construits, la Ligne Maginot.

Plus d'une centaine d'ouvrages fortifiés importants, plusieurs centaines de solides casemates d'infanterie, d'observatoires, d'abris, de casernements, etc. sont terminés ou en cours d'achèvement, tant dans le Nord-Est que sur le futur front des Alpes.

A l'issue de la période CORF, la fermeté de son autorité sur les Régions militaires afin d'imposer une fortification puissante "aux normes" ne s'exerçant plus, les partisans de la fortification de campagne vont pouvoir donner libre cours à leurs aspirations. La période qui va de 1935 au printemps de 1940 sera donc l'ére de la fortification de campagne en dur, dite aussi parfois fortification camelote par comparaison avec la puissante fortification CORF.

Chaque Région militaire va alors prendre à son compte la poursuite des travaux de défense des frontières en couvrant les intervalles des ouvrages CORF et surtout les secteurs non fortifiés par la CORF par une multitude de petites constructions, les "petits bétons" de la Ligne Maginot, la plupart étant sans commune mesure avec les normes CORF.

Du nord au sud, ce sont principalement les secteurs du Nord de la mer à l'Escaut, le segment Sambre-Ardennes, la trouée de Marville, celle de la Sarre, le sud de l'Alsace, ainsi que les positions de 2e ligne du Nord, des Ardennes, de la Meuse et de la Sarre qui vont être garnis de ces constructions. En réalité on les trouve partout sur l'ensemble du front fortifié le long des frontières, de la mer du Nord au Jura.

De cette deuxième vague de fortifications, il reste aujourd'hui encore des milliers de blockhaus, d'observatoires, d'abris, de PC, etc. dont l'inventaire est encore à faire… Toutefois, d'année en année, avec l'urbanisation et l'industrialisation galopantes du territoire, cette fortification disparaît inexorablement peu à peu.

Si sa valeur militaire à l'époque a été plus que discutable, l'étude typologique de cette multitude de blocs présente aujourd'hui un attrait particulier lié à l'infinie variété des plans de construction et surtout des solutions adoptées pour les divers éléments métalliques dont, par exemple, les blindages.

Jusqu'à la fin du 20e siècle, bon nombre de ces constructions ont en effet conservé leurs équipements métalliques fixes dont l'origine est également des plus variées. Beaucoup remontent à la guerre de 1914-1918 et parfois même avant. D'autres ont été spécialement étudiés et fabriqués durant les années 1935-1940 à l'intention de la fortification de campagne. Enfin le système D et la récupération ont souvent pallié l'absence de toute autre solution.

L'incroyable diversité de ces équipements, aujourd'hui plus curieux les uns que les autres, véritable musée in situ, a inspiré le présent article. Nous classerons ces matériels en quatre catégories :

¨  trémies et blindages
¨  cloches et guérites observatoires
¨  tourelles
¨  installations et curiosités diverses.

Trémies et blindages

Trémie Condé : installée sur de nombreux blockhaus dans le Nord et surtout en Région fortifiée de Metz, la trémie Condé est une embrasure en acier moulé d'une pièce prévue pour la mitrailleuse Hotchkiss de 8 mm Mle 1914 (passage à niveau d'Anzeling, Moselle). Sa désignation lui vient du nom du général commandant la 3e Armée qui couvrait la RFM en 1939-1940.

Trémie Condé : le côté intérieur, dans la chambre de tir du blockhaus, de cette trémie permet d'en voir les deux demi-volets blindés et leurs poignées de manœuvre. Deux glissières en forme de machoires retiennent les deux volets, celle du bas étant en outre munies de rouleaux facilitant le déplacement des volets (passage à niveau d'Anzeling, Moselle).

Blindage à volets multiples : cette embrasure d'un blockhaus antichar prévu pour un canon de 47 de marine a été dotée, à défaut d'une trémie spécifique, d'une protection de plusieurs volets blindés coulissant entre deux glissières. Il s'agit vraisemblablement d'une fabrication locale (est de Keffenach, Secteur fortifié de Haguenau, Bas-Rhin).

Blindage à volets multiples : côté intérieur du même blockhaus, le système apparaît plutôt rudimentaire et ne pouvait que protéger des éclats et non d'un coup au but. Un pis-aller quand on sait que de nombreux créneaux canon des blockhaus de complément sont restés dépourvus de tout blindage en 1940…

Bouclier suspendu : dans un certain nombre de blockhaus et casemates STG de 1935 à 1940 où un canon de 25 a remplacé le 47 prévu, et où aucune trémie blindée n'était livrée, l'Inspection du génie adopta comme palliatif un type de bouclier suspendu. Le système est constitué d'une plaque blindée épaisse de 80 mm coulissant sur deux rails et percée de deux ouvertures, l'une pour le tube du canon, l'autre pour la lunette de visée. Les poutrelles sous le plafond permettaient l'installation et la mise en batterie du canon. De rares exemplaires subsistent de nos jours (Francaltroff, Moselle).

Trémie Pamart-Lemaigre : très répandue, en particulier sur les blockhaus antichars type 1ère Région (Nord) mais aussi dans les R.F. de Metz (de Longuyon à St-Avold) et de la Lauter (de la Sarre au Rhin), cette trémie P.L. est une lourde plaque blindée d'embrasure moulée d'une pièce, de 1,60 m de largeur, 0,70 m de hauteur et épaisse de 8 à 20 cm. Elle est percée de quatre ouvertures équipées de volets coulissants ou à charnière : une embrasure pour canon de 25 ou mitrailleuse, un créneau pour la visée par la lunette de tir du canon, deux petits créneaux ronds pour l'observation ou le tir au FM. De part et d'autre on remarque les deux "bosses" correspondant aux évidements intérieurs prévus pour les roues du canons de 25 (Hunspach, S.F. de Haguenau, Bas-Rhin).

Trémie Pamart-Lemaigre : sur cet exemplaire, les "bosses" des roues du canon ont été noyées dans le béton. Les trois orifices supérieurs sont ici bien obturés (Mont-Noir, Nord).

Trémie Pamart-Lemaigre : sur cette photo intérieure, on voit la banquette de tir destinée à supporter soit un canon de 25, soit une mitrailleuse Hotchkiss. La goulotte centrale sert à l'évacuation des étuis (douilles) vers l'extérieur (Hunspach, S.F. de Haguenau, Bas-Rhin).

Trémie Pamart-Lemaigre : gros plan sur la même trémie P.L., dont le nom est dû à ses concepteurs, M. Pamart (qui a déjà conçu divers cuirassements en 1914-1918) et le Cdt Lemaigre (également spécialiste en cuirassements). On voit bien ici les quatre ouvertures de la trémie, ainsi que les évidements pour les roues du canon. Les volets des deux créneaux rectangulaires ont disparu.

Trémie A2R : conçu initialement pour les casemates de mitrailleuses CORF, cet engin a finalement été adopté pour les blocs STG mais, commandé et mis en fabrication tardivement, seuls quelques rares exemplaires ont pu être installés. On en voit ici d'une part, dans l'embrasure, le carter blindé du tube, d'autre part le montage d'arme intérieur (blockhaus STG, Nord).

Casemate Pamart : conçu et mis au point en 1916 par le capitaine Pamart dans le cadre des travaux de renforcement des forts de Verdun, ce type de cuirassement à deux embrasures pour mitrailleuse a été ré-employé dans les intervalles de la Ligne Maginot. Douze exemplaires non installés auparavant ont en effet été récupérés dans les dépôts du génie et implantés tant dans le Nord-Est que dans le Sud-Est. C'est ainsi qu'on en retrouve dans le Secteur fortifié de la Crusnes (deux exemplaires à Longuyon et Aumetz), le S.F. de Boulay (un exemplaire à Coume), le S.F. de Faulquemont (quatre exemplaires à Téting) et le S.F. d'Altkirch (deux exemplaires à Knoeringue et à La Verrerie). Dans le Sud-Est, l'ouvrage de Plate-Lombarde, près de Barcelonnette, en possède deux, et la vallée de la Tinée à Valabres, une. Sur cette photo, la casemate Pamart du plateau de Coume (Moselle).

Casemate Pamart : l'une des casemates Pamart de Téting, près de St-Avold. Le cuirassement est scellé sur un petit blockhaus possédant une entrée arrière en puits et un petit local de repos souterrain.

Casemate Pamart : tout au sud de l'Alsace, l'un des derniers blockhaus de la Ligne Maginot du Nord-Est possède une coupole Pamart, incrustée dans sa façade frontale (La Verrerie, S.F. d'Altkirch). A quelques kilomètres de là, c'est une casemate STG allégée qui possède le 2e exemplaire du secteur (Knoeringue).

Casemate Pamart : le petit ouvrage de Plate-Lombarde possède pour seuls blocs actifs deux casemates Pamart dont les créneaux ont été modifiés en créneaux GFM type A pour FM. Au second plan, une cloche observatoire en éléments petit modèle, spéciale aux ouvrages alpins. Lavé par les intempéries, le béton apparaît aujourd'hui d'une blancheur éclatante. Compte tenu des impératifs de camouflage, il ne devait pas en être ainsi en 1940 ! (S.F. du Dauphiné).

Casemate Pamart : presque invisible sous son excellent camouflage, la casemate Pamart des gorges de Valabres, dans la vallée de la Tinée (Secteur fortifié des Alpes Maritimes). Ici aussi les créneaux ont été modifiés en type GFM "A" pour un FM chacun.

Bouclier de tranchée : les intervalles du Nord-Est sont encore aujourd'hui sillonnés de tranchées réalisées par les soldats en 1939-1940. En certains points, des postes de guet bétonnés sont équipés de petits boucliers de tranchée qui remontent à la 1ère Guerre mondiale. L'image même de la guerre de positions ! (Secteur fortifié de la Sarre).

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CORF : Commission d'Organisation des Régions Fortifiées.

STG : Section technique du génie.

GFM : guet et fusil-mitrailleur.

FM : fusil-mitrailleur.

R.F. : région fortifiée.

S.F. : secteur fortifié.


[1] toutefois ses services poursuivront leur travail au cours des années suivantes, d'une part afin d'achever les chantiers encore en travaux, de l'autre pour réaliser les derniers programmes lancés, en particulier ceux dits des "nouveaux fronts" dans le Nord et sur le plateau de Rohrbach (Moselle).

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