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Jersey

 

 

 

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Son embrasure surmontée d'un imposant "front Todt" protégeant des coups directs une pièce de 10,5 cm d'origine, la casemate de La Corbière est l'une des premières restaurées par la CIOS dès les années 1980. Elle est régulièrement ouverte aux visiteurs.

  

L'île de JERSEY, la plus grande de l'archipel Anglo-Normand, est située au centre-est du golfe de St‑Malo, à 20 km des côtes occidentales du Cotentin (Cap de Carteret) et à 60 km au nord de St-Malo.

Elle a en gros la forme d'un quadrilatère dont les petits et grands côtés ont respectivement 10 et 17 km en ligne droite et sa superficie (116 km2) est proche du double de sa voisine Guernesey.

C'est une grande plate-forme peu élevée (une centaine de mètres d'altitude moyenne) avec une côte rocheuse et abrupte au nord et de grandes baies bordées de plages à l'ouest, au sud et à l'est, séparées par des promontoires rocheux. L'ensemble des rivages s'étend sur 76 km dont 32 de plages.

Moins bien située, stratégiquement, dans le golfe de St-Malo que ses voisines Guernesey et Aurigny, JERSEY n'en a pas moins été dotée d'un nombre considérable d'organisations fortifiées et défensives, et contribuait donc avec une redoutable efficacité à l'interdiction d'une grande partie du golfe de St‑Malo à la navigation alliée.

Ces organisations peuvent se résumer comme suit :

  • 14 batteries d'artillerie totalisant 49 pièces de 80 à 220 mm, auxquelles se sont ajoutées deux batteries transférées de Guernesey en août 1944 (soit à ce moment-là 16 batteries comportant au total 57 pièces d'artillerie),
  • 34 batteries de Flak dont 6 de 88 mm, soit un total de 170 pièces,
  • 13 Stp (points d'appui) et 53 WN (points de résistance),
  • plus de 7 km de murs antichars,
  • une vingtaine d'installations souterraines,
  • environ 250 bunkers de tous types, observatoires, tours-PDT, PC, casemates côtières, abris, etc.

 Carte Jersey

Aperçu (non exhaustif) des organisations fortifiées allemandes de l'île de Jersey en 1944. On peut noter l'extrême concentration des batteries d'artillerie côtières et de Flak sur un territoire de 116 km2 seulement, ainsi que les défenses d'infanterie, particulièrement denses dans les secteurs sud et ouest de l'île (d'après M. Ginns et P. Bryans).

legende jersey

 

 Les batteries d'artillerie ont été établies, en bonne logique, sur la périphérie de l'île, principalement sur les côtes ouest et sud, tandis que les batteries de Flak, abri-PC et installations souterraines se dispersaient plus à l'intérieur.

À une exception près, toutes ces batteries pouvaient agir à 360°. Leurs pièces d'artillerie ont donc été quasiment toutes placées soit en cuves bétonnées, soit sur plates-formes ouvertes.

Comme à Guernesey, une urbanisation intense de toute la frange sud de l'île a fait disparaître en partie ou totalement bon nombre de sites et il est à craindre que cette évolution ne se poursuive inexorablement. Il n'est donc que temps pour le passionné du Mur de l'Atlantique de se rendre à Jersey avant que d'autres ravages ne se produisent.

Pour être juste toutefois et fort heureusement, il faut dire qu'il reste encore aujourd'hui à Jersey (comme à Guernesey et Aurigny) un grand nombre de sites à visiter, et donc de quoi amplement justifier un voyage de 2 à 8 jours au moins.

À l'égal de Guernesey, un grand effort de sauvegarde, de conservation et de mise en valeur touristique à été accompli à Jersey, tant par des organismes privés ou publics que par la branche locale de la C.I.O.S.

 

Batteries d'artillerie

Sur les 16 batteries qui existaient à Jersey en août 1944, une seule relevait de la Marine (MAA 604), huit de l'Armée de Terre (HKAR 1265) et sept de l'artillerie divisionnaire (319. AR). Une seule batterie (Endrass) avait ses canons sous casemate. En partant du sud-ouest et dans le sens des aiguilles d'une montre, ces 15 batteries étaient les suivantes :

  • Batterie Roon (6/HKAR 1265, La Moye, sud-ouest de l'île).

Quatre pièces de 22 cm K532(f), canon français de 220 mm Mle 17 Schneider, d'une portée maximale de 23 km. Il reste peu de choses de ce site, à l'exception d'un superbe bloc observatoire à 3 niveaux désigné M10 et surmonté à l'époque d'une toiture de camouflage (v. photos plus loin, sous Observatoires et postes de direction du tir). À l'arrière du bunker demeurent aussi deux abris, R 621 et R 622, l'un d'eux équipé d'une tourelle FT17 armée d'une mitrailleuse MAC 31 de 7,5 mm. Enfin, à l'avant et sur la côte subsiste l'observatoire à deux niveaux M10a.

L'un des canons, retrouvé brisé en deux parties dans les années 1990, a été placé sur l'une des plates-formes de la batterie Moltke.

  • Batterie Ziethen (3/319. AR, L'Œillère, sud-ouest de l'île).

Quatre pièces de 10 cm le.FH 14/18(t) d'origine tchèque (Skoda 1921) et de 10 km de portée. À l'exception d'un petit observatoire au-dessus de la pointe de l'Œillère il ne reste rien de cette batterie.

  • Batterie Hindenburg (1/HKAR 1265, actuel golf de La Moye, sud-ouest de l'île).

Trois canons obusiers de 21 cm Mrs 18 d'une portée de 16 km. Il ne reste rien de ce site, recouvert par un quartier d'habitation et un golf.

  • Batterie Ludendorff (2/HKAR 1265, nord de St Ouen's Church, nord-ouest de l'île).

Trois canons-obusiers de 21 cm Ms 18 d'une portée de 16 km. Quelques abris et deux plates-formes subsistent de ce site.

  • Batterie Moltke (5/HKAR 1265, Les Landes, nord-ouest de l'île).

Certainement l'un des sites les plus intéressants de Jersey. Il possédait quatre pièces de 15,5 cm K418(f), des canons d'origine française (155 mm GPF de 18 km de portée). Les installations bétonnées sont pratiquement au complet et comprennent 8 cuves pour canons (une 2e plate-forme était prévue à chaque emplacement pour une pièce de 15 cm plus moderne), des emplacements de Flak, des abris, des passages souterrains plus ou moins accessibles, et trois observatoires parmi lesquels la grande tour MP3 dont il sera question plus loin. La CIOS a entamé dès les années 1990 des travaux de restauration de ce site superbe, encore vierge de toute urbanisation, et une partie des ouvrages est aujourd'hui visitable.

Ces travaux ont consisté au déblaiement d'environ 85 mètres de passages souterrains protégés donnant accès à :

  • une plate-forme hexagonale à deux niveaux type M 153 pour pièce de 15 cm SK C/28, matériel moderne en tourelle, mais non livré,
  • une plate-forme circulaire pour pièce de 15,5 cm K418(f), ex-canon français de 155 GPF, plate-forme coulée dans un 1er stade, avant la précédente, à titre temporaire. Une pièce de 15,5 cm reconstituée à partir d'un tube récupéré au pied des falaises des Landes réoccupe la plate-forme depuis 1991.
  • deux soutes à munitions type 512,
  • un abri à personnel type M 151 (un officier, 2 s/officiers, 24 hommes), ces trois bunkers rééquipés de leur ventilation, chauffage, lambris muraux (dans certaines chambres).

Sur une autre plate-forme sont exposés deux tubes récupérés en 1993 au pied des falaises, un 22 cm K532(f) (canon de 220 Mle 17 Schneider) et un 21 cm Mrs 18.

Canon de 220

Batterie Moltke (Les Landes) – Un tube de 220 originaire de la batterie Roon et brisé accidentellement en 1944 lors d'un tir finit ses jours sur la plate-forme n° 3 de cette batterie.

 

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Batterie Moltke (Les Landes) – Récupérée en 1990 et 1991 au pied des falaises des Landes, une pièce de 15,5 cm K418(f), ex-canon de 155 GPF, a été reconstituée et demeure exposée sur la plate-forme n° 4 de la batterie (Tripadvisor).

 

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Batterie Moltke (Les Landes) – En bordure du plateau des Landes, non loin de la tour MP3, se dressent toujours les observatoires et PDT M2 et M2a de "première génération" de cette batterie. Ce sont des ouvrages construits hâtivement et légers.

 

Plan Batterie Moltke

 

  • Batterie Haeseler  (14/HKAR 1265, La Coupe, nord-est de l'île).

Quatre canons de 15 cm K18 de 1938 transférés de Guernesey (batt. Gneisenau) en août 1944. Pointés vers l'est, leur portée de 25 km permettait l'interdiction totale du bras de mer entre Jersey et le Cotentin, et même d'atteindre la côte française. Position de campagne dont il ne reste rien.

  • Batterie Mackensen  (3/HKAR 1265, nord de St Martin's Church, nord-est de l'île).

Trois canons-obusiers de 21 cm Mrs 18 d'une portée de 16 km. Il ne reste rien de visible sur ce site de batterie.

  • Batterie Dietl  (5/319. AR, sud-ouest de St Martin's Church, est de l'île).

Emplacement de 1944 de la batterie Fritsch mentionnée plus loin.

  • Batterie Brauchitsch  (6/319. AR, Daisy Hill, Gorey, est de l'île).

Quatre obusiers Skoda de 10 cm le.FH 14/19(t) portant à 10 km. Il n'en reste rien de visible.

  • Batterie Schlieffen  (13/HKAR 1265, Verclut, sud-est de l'île).

Quatre canons de 15 cm K18, portée 25 km, transférés de Guernesey (batt. Scharnhorst), avec ceux de la batterie Haeseler, en août 1944. Position de campagne dont il reste, sinon les emplacements des pièces, des abris et un observatoire.

  • Batterie Seeckt  (4/319. AR, nord-ouest de St Clement's Church, sud-est de l'île).

Quatre obusiers Skoda de 10 cm le.FH 14/19(t) d'une portée de 10 km. Il n'en reste rien.

  • Batterie Endrass  (4/HKAR 1265, Westmount, 2 km NO du centre de St-Hélier).

Quatre canons de 10,5 cm K331(f), initialement canon de 105 Mle 1913 Schneider modifié forteresse. La seule batterie de Jersey en casemates. Destinée à la défense du port de St-Hélier (portée 8 km), elle est maintenant englobée dans une zone urbanisée et difficilement accessible.

 

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Batterie Endrass (Westmount) – L'une des quatre casemates de cette batterie, la seule batterie d'artillerie de Jersey installée sous béton, et sa pièce de 10,5 cm K331(f) peu après la guerre. La fausse toiture est évidemment un artifice de camouflage (DR).

 

  • Batterie Fritsch  (1/319. AR, au nord de la baie de St Aubin, côte sud de l'île).

Quatre obusiers Skoda de 10 cm le.FH 14/19(t) portant à 10 km. Transférée en 1944 sur la côte est (Batterie Dietl). Plus rien à voir.

  • Batterie Seydlitz  (2/319. AR, Mont au Roux, nord de St Aubin, côte sud de l'île).

Quatre canons tchèques de 8 cm FK 30(t) portant à 13 km. Désormais dans une propriété privée et inaccessible.

  • Batterie Derfflinger  (Z/319. AR, Mont de la Rocque, nord de St Aubin).

Quatre canons tchèques de 8 cm FK 30(t) portant à 13 km. Longtemps inaccessible, ses positions de Flak détruites en 1990, cette batterie est l'objet de travaux de restauration de la CIOS depuis 1991. Ceux-ci ont permis de dégager et de restaurer partiellement un certain nombre d'installations de la batterie parmi lesquelles 5 abris avec accès aux emplacements des pièces, le poste de commandement et l'observatoire. Ces différentes composantes sont en outre reliées par près de 150 mètres de passages souterrains en briques et béton. Visite possible avec l'accord des propriétaires.

  • Batterie Lothringen  (3/MAA 604, Noirmont Point, côte sud de l'île).

C'est la seule batterie de la Marine à Jersey. Quatre canons de 15 cm SK L/45 de 1917 portant à 16 km, sur plates-formes surélevées. Avec la batterie Moltke, c'est le site le plus complet et le mieux conservé de Jersey. La CIOS y a accompli de remarquables travaux de restauration :

  • aménagement et ouverture au public d'un bunker de commandement à deux niveaux type M 132 modifié, avec poste d'observation périscopique sous coupoles blindées jumelées,
  • aménagement et ouverture au public d'une tour observatoire et PDT (MP1) à 6 niveaux (voir plus loin),
  • installation sur l'une des plates-formes d'artillerie d'un canon de 15 cm K18 récupéré en 1979 au pied des falaises des Landes où il avait été précipité en 1946,
  • installation sur une autre plate-forme d'une pièce de 10,5 cm K331(f), ex-canon français de 105 Mle 1913 Schneider adapté aux ouvrages allemands. En 2002-2003 ce canon a été transféré à La Carrière (côte ouest).

D'autres emplacements et ouvrages ont également été rouverts et rendus accessibles au public. En juin 1992, l'un des canons originaire de cette même batterie, un 15 cm SK L/45, a été récupéré au pied des falaises des Landes et est exposé depuis à Noirmont Point.

 

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Batterie Lothringen (Noirmont Point) – Au 1er plan s'étend, totalement enterré, le grand bunker de commandement M 132 de la batterie avec ses deux coupoles blindées d'observation et l'emplacement encore vide de son télémètre. Celui-ci sera reconstitué en 1997 à partir d'éléments retrouvés à proximité. Au second plan apparaît le haut de la tour-observatoire MP1. Sur sa toiture était installée une pièce de 20 mm Oerlikon.

 

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Batterie Lothringen (Noirmont Point) – Gros plan sur les deux coupoles d'observation et leurs petites tourelles à vision périscopique.

 

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Batterie Lothringen (Noirmont Point) – La tourelle télémétrique reconstituée a retrouvé son emplacement d'origine sur la toiture du bunker M 132 (Wikipedia).

 

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Batterie Lothringen (Noirmont Point) – L'une des trente pièces de 10,5 cm K331(f) qui existaient à Jersey et l'une des cinq qui ont survécu aux ferraillages de l'après guerre est restée exposée pendant un temps sur l'une des plates-formes de la batterie. Originaire de Rozel Fort (côte nord-est), en 2003 elle est allée rééquiper la casemate de La Carrière sur la côte ouest.

 

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Batterie Lothringen (Noirmont Point) – Canon de 15 cm K 18 récupéré au pied des falaises des Landes en 1979 et exposé sur l'une des plates-formes d'artillerie de la batterie Lothringen.

 

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Batterie Lothringen (Noirmont Point) – Tournée d'inspection en 1941 du haut commandement de l'île. Dans le groupe on remarque les nombreux uniformes de la marine à laquelle appartient la batterie. Au 1er plan l'une des quatre pièces de 15 cm SK L/45 de 1917 de la batterie, sur une plate-forme qui apparaît encore provisoire (ECPAD).

 

Batteries de Flak

Compte tenu du nombre et de l'importance des installations défensives allemandes à Jersey on peut imaginer que la Flak#1Abrégé de Flugzeugabwehrkanone, canon de défense contre avion. était à la mesure de la protection antiaérienne qui leur était nécessaire. Pas moins de 34 batteries de Flak de la Luftwaffe ont été recensées à Jersey. Elles totalisaient quelques 165 pièces à raison de 104 pièces de 2 cm, 15 de 3,7 cm, 36 de 8,8 cm et 10 pièces quadruples de 2 cm (Flakvierling 38). En outre dans le port de St-Hélier étaient amarrés plusieurs Artillerieträger (littéralement porte-artillerie), sortes de péniches longues de 50 m et puissamment armées : 2 x 8,8 cm, 2 x 2,7 cm, 8 x 2 cm, 1 x 1,5 cm.    

Les batteries de Flak étaient réparties sur l'ensemble de l'île, tant sur la périphérie que dans l'intérieur, en particulier autour des batteries d'artillerie, de l'aérodrome et du port de St-Hélier. À l'exception de quelques emplacements bétonnés sur les sites de Noirmont Point et des Landes (batteries Lothringen et Moltke) ainsi qu'à Fort Regent et Elizabeth Castle il est difficile aujourd'hui de retrouver des traces de cette multitude de batteries de Flak.

Observatoires et Postes de direction du tir

En raison de la défense à 360° imposée aux Allemands par la nature même et la situation géographique de ces îles, ceux-ci projetèrent l'édification sur les côtes de Jersey (ainsi qu'à Guernesey et Aurigny) d'un imposant système d'observation et de direction du tir des batteries côtières. Ils mirent donc en chantier un programme de construction de neuf énormes tours réparties sur les 76 km de rivages de Jersey.

Ce type de tour, apparemment plus ou moins inspiré des tours de guet Martello des 18e et 19e siècles qui subsistent en grand nombre sur les côtes, ne se retrouve nulle part ailleurs sur le Mur de l'Atlantique. En fait trois exemplaires seulement furent réalisés à Jersey (trois autres à Guernesey et un à Aurigny) et désignés par l'abréviation MP (Marine Peilstand und Meßstelle, poste de relèvement et de télémétrie de la Marine).

  • MP 1   
    À Noirmont Point, côte sud. Important édifice à 6 niveaux, haut de 17 mètres, profondément ancré au sommet de la pente dominant la mer, comportant un sous-sol, 4 niveaux d'observation et de télémétrie, et une plate-forme pour une pièce de 2 cm Flak sur le toit. En raison de la pente accentuée, l'entrée est située de plain-pied avec le 5e niveau. Restauré par la CIOS, cet ouvrage est régulièrement ouvert aux visiteurs.
  • MP 2  
    À la Corbière, pointe sud-ouest de l'île. Tour haute de 18 mètres, à sept niveaux dont cinq  d'observation et de télémétrie. L'entrée se fait au 2e niveau et sur la toiture étaient installés des équipements radio. Le camouflage consistait en une peinture imitant une architecture en pierre de taille à l'instar des anciennes tours de guet. Cette tour est occupée aujourd'hui par une station de surveillance maritime et n'est pas visitable.
  • MP 3  
    Les Landes, nord-ouest de l'île. Superbe construction à 7 niveaux dont 5 d'observation et de télémétrie. L'entrée est au 3e niveau et sur la toiture était installé un radar Freya. Isolée au sommet des à-pics plongeant dans les eaux du "Channel", perdue à l'extrémité du plateau des Landes, cette belle tour emblématique laisse une forte impression au visiteur. Elle peut être visitée sur demande à la CIOS.

 

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Noirmont Point – La tour-observatoire et PDT MP1, restaurée par la CIOS, avec son entrée au niveau de l'étage supérieur.

 

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Pointe de La Corbière – La tour d'observation et PDT MP2 a retrouvé un usage public et officiel en servant de station radio au service de la navigation.

 

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Isolée à l'extrémité du plateau des Landes, la tour PDT MP3 est sans conteste l'ouvrage le plus emblématique des travaux de fortification allemands dans les îles Anglo-Normandes. L'antenne d'un radar Freya se dressait à l'époque sur sa toiture.

 

Autres observatoires et PDT

En plus des tours MP 1, 2 et 3, Jersey a été dotée durant la guerre d'un grand nombre d'observatoires et PDT de tous types, généralement construits antérieurement à ces tours, c'est-à-dire dès 1942. Ces bunkers sont numérotés de M1 à M10 en partant de la Corbière (pointe sud-ouest de l'île) et dans le sens des aiguilles d'une montre. Généralement relevant des types SK (Sonderkonstruktion, construction spéciale), voire feldmässig (fortification de campagne) ou verstärktfeldmässig (Vf, fortification de campagne renforcée), ces ouvrages sont d'apparence des plus variées.

  • M1
    La Corbière, sud-ouest de l'île. Construction légère à deux niveaux d'observation. En liaison avec les proches batteries d'artillerie.
  • M2 et M2a    
    Les Landes, nord-ouest de l'île. Observatoires "première génération" de la batterie Moltke. Constructions légères à deux niveaux d'observation.
  • M3     
    Pointe de Plémont, nord-ouest de l'île. Construction Vf.
  • M4     
    Sorel Point, côte nord. Construction Vf.
  • M5     
    Egypt, côte nord. Construction Vf.
  • M6     
    Rozell Mill, nord-est de l'île. Ancien moulin à vent renforcé et additionné d'une plate-forme d'observation au sommet.
  • M7     
    Gorey, château de Mont Orgueil, côte est de l'île. Construction de trois petites tours d'observation ajoutées au sommet de la forteresse.
  • M8     
    Grouville Mill, sud-est de l'île. Ancien moulin à vent renforcé et adapté à l'observation.
  • M9     
    South Hill, St-Hélier, côte sud.
  • M10   
    La Moye, sud-ouest de l'île. Desservant la batterie Roon, c'est certainement l'ouvrage le plus intéressant au sein de cette chaîne de postes d'observation. Il s'agit d'un bunker à trois niveaux aux façades percées de multiples créneaux de défense rapprochée. À l'arrière de l'édifice ont été construits deux abris, R 621 et R 622, dont un surmonté d'une tourelle de char FT17 avec mitrailleuse de 7,5 mm. Ayant aussi abrité un temps le QG du II/1265 AR, l'ouvrage est aujourd'hui le siège d'un club de radio amateur et peut être visité.
  • M10a 
    À l'avant de M10 et sur la côte existe un poste d'observation auxiliaire de la même batterie Roon. C'est un ouvrage plus petit, du type Vf et à deux niveaux décalés.

Il va sans dire que toute cette chaîne d'observatoires et de PDT était reliée par un important réseau téléphonique enterré aux différentes batteries d'artillerie, aux bunkers de commandement et à l'île voisine de Guernesey où se trouvaient les PC commandant l'ensemble de l'archipel. Ce réseau comprenait plusieurs bunkers-centraux téléphoniques, trois bunkers d'interconnexion et une vingtaine de chambres de coupure bétonnées.

 

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Elizabeth Castle – Perché sur le point le plus élevé de l'îlot, l'observatoire et PDT du point d'appui réalisé dans l'ancienne forteresse de la baie de St-Aubin.

 

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Vue d'ensemble de l'imposant PC d'artillerie et PDT M10 de La Moye aujourd'hui. Le Jersey Amateur Radio Club y a son siège de nos jours (Michael Ginns, CIOS).

 

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Le poste d'observation et PC tel qu'il apparaissait à l'époque, avec ses toitures et fausses fenêtres de camouflage. Deux abris R 621 et R 622 ont été construits à l'arrière du bunker, l'un d'eux surmonté d'une tourelle de char FT17 avec mitrailleuse de 7,5 mm (Société Jersiaise).

 

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Deux autres vues du bunker M10 de La Moye actuellement et de l'un des abris avec l'emplacement de la tourelle FT17.

 

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Gorey, côte est – Au-dessus du village se dresse l'imposante forteresse de Mont Orgueil. Trois petites tourelles émergent des superstructure du fort. Elles ont été construites par les Allemands.

 

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Forteresse de Mont Orgueil, Gorey – Vue rapprochée des trois tourelles d'observation d'origine allemande.

 

Points d'appui et postes de résistance

La protection des 76 km de rivages de Jersey a nécessité l'implantation d'une très sérieuse défense côtière constitué de 13 Stützpunkte (points d'appui) et 53 Widerstandsnester (nids ou postes de résistance). Ces organisations d'infanterie et d'artillerie existaient principalement le long des côtes ouest (St. Ouen's Bay), sud (St. Brelade's Bay, St. Aubin's Bay, port de St-Hélier, St. Clement's Bay) et est (Grouville's Bay, Gorey, St. Catherine's Bay), un peu moins sur la côte nord, haute falaise peu abordable en dehors de quelques criques.

Ces organisations étaient solidement réalisées à base de casemates et d'emplacements ouverts

  • pour pièces de 10,5 cm K331(f), ex-105 Schneider Mle 1913, dont il existait 30 exemplaires à Jersey (18 en casemates spéciales dites "Jaeger" puis type 692, quatre en casemates réduites type 670, huit sur emplacements ouverts)#2Auxquelles il faut ajouter les 4 pièces en casemates de la batterie Endrass.,
  • pour 4,7 cm Pak36(t) couplé à une mitrailleuse MG 37(t) dont 23 exemplaires ont été installés, en casemates types 631, 631b et leurs diverses variantes,
  • avec cloche 6-Schartenturm (à 6 créneaux) pour mitrailleuse MG 34 ou 42, 8 exemplaires dont deux ont survécu,
  • pour pièce de 7,5 cm Pak 40 en casemates ou à l'air libre (12 exemplaires),
  • ou encore pièces de 3,7 cm Pak 35/36, de 5 cm Pak 38, de 7,5 cm FK 231(f), le 75 français, et de 8 cm FK 30(t), souvent à l'air libre, soit une trentaine d'exemplaires globalement.

S'y ajoutaient de nombreuses tourelles de chars Renault FT17 ou R35, Hotchkiss H35 et Somua S35 armées du canon de 3,7 cm KwK 144(f) ou canon SA 18 de 37 mm Puteaux (30 tourelles, avec ou sans mitrailleuse) ou de la mitrailleuse MG 311(f), la MAC 31 de 7,5 mm (31 tourelles). La plupart ont disparu lors des ferraillages de l'après guerre mais il en reste quelques exemplaires ça et là.

De plus, bon nombre de ces centres de résistance s'appuyaient sur de solides murs antichars bétonnés (dont il sera question plus loin).

Il serait fastidieux d'entrer ici plus dans le détail de ces organisations pléthoriques. Un parcours des rivages de l'île permettra aisément de reconnaître, parfois de visiter, un grand nombre de casemates de défense des plages, d'abris d'infanterie, d'abris-PC, d'abris à munitions, d'abris pour projecteur, d'emplacements (Ringstände) pour tourelle de char FT17 ou R35, de bunkers à cloche, d'anciens forts ou tours des 18e et 19e siècles plus ou moins renforcés par les Allemands, etc...

 

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Pointe Le Fret – À l'entrée est de la baie de St-Brelade est demeuré miraculeusement pendant plus de 40 ans après les ferraillages forcenés de l'après guerre un canon de 10,5 cm K331(f) en place dans une casemate type Jäger. En 1988 cette pièce a été transférée à Guernesey, restaurée et réinstallée dans une casemate du Fort Hommet.

   

Quelques sites demeurent particulièrement préservés et méritent spécialement une visite :

Elizabeth Castle

Cette ancienne forteresse construite sur un îlot dans la baie de St-Aubin commandait l'accès à la baie et surtout au port de St-Hélier. Les Allemands l'ont solidement réorganisée en y ajoutant plus d'une vingtaine d'ouvrages et de postes de tir, tous encore parfaitement conservés. On peut y voir en particulier :

  • deux casemates intégrées dans les murailles et ayant conservé leurs pièces de 10,5 cm,
  • un créneau pour 4,7 cm (non casematé) dans la muraille nord du fort,
  • un abri type 606 pour projecteur avec voie de 60,
  • un observatoire-PDT au point le plus haut de la forteresse,
  • une tourelle de char R35 sur son Ringstand au pied de la muraille sud,
  • divers abris et emplacements de Flak,
  • le blockhaus de commande des mines placées à l'entrée du port de St-Hélier.

Toujours sur la côte sud, les défenses du port et du fort de St. Aubin et de la baie de St. Brelade survivent également en nombre et méritent une reconnaissance.

 

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Elizabeth Castle – Un tube de 10,5 cm déborde du créneau d'une casemate insérée dans les murailles de la vieille forteresse et contrôlant les accès au port de St-Hélier. Une 2e pièce du même type subsiste également dans le fort.

 

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Elizabeth Castle – Un abri R 606 pour projecteur de 60 cm se déplaçant sur une voie de 60 jusqu'à son poste sur les murailles a également été ajouté à la forteresse. À l'exception de probables filets de camouflage, le site est resté tel qu'il était à l'époque 1943-1945.

 

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Elizabeth Castle – Au pied des remparts sud une tourelle de char Renault R35 armée d'un canon de 37 et d'une mitrailleuse de 7,5 mm semble toujours défendre les accès à la vieille forteresse.

 

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Fort de St-Aubin – Le point d'appui de ce nom possédait jusqu'aux années 1980 une tourelle de char Renault FT17 à plaques rivetées, armée à l'époque d'une mitrailleuse de 7,5 mm Mg 311(f), la MAC 31 Reibel de la Ligne Maginot. Il en existait plus d'une cinquantaine d'exemplaires des deux modèles, à plaques rivetées et moulé, à Jersey. Celui-ci a été restauré et réinstallé par la CIOS à la batterie Moltke.

 

La baie de St-Ouen

Toute la façade ouest de l'île, de la pointe de la Corbière au sud à l'Etacquerel au nord, est une vaste baie, St. Ouen's Bay, et le rivage une longue plage ininterrompue de plus de 6 km d'étendue. Ce secteur, théoriquement favorable à un débarquement allié, a été très fortement organisé, d'abord par un mur antichar continu en béton, ensuite par une succession de points d'appui dont la plupart des ouvrages subsistent encore aujourd'hui.

De la Corbière à l'Etacquerel se succèdent ainsi 12 points d'appui et postes de résistance, soit du sud au nord : La Corbière, L'Œillère, La Pulente, La Carrière, Le Braye, Steps, Bucht, High Tower, Kempt Tower, La Crabière, Lewis Tower, L'Etacquerel, renforcés par une 2e ligne, env. 1 km en arrière, d'une autre douzaine de Stp et WN, moins bien préservés ceux-ci sauf exception.

Sur le rivage on pourra donc reconnaître de proche en proche toute une gamme d'ouvrages, casemates 4,7 et 10,5 cm, casemates MG, abris à personnel, à munitions, à pièce de campagne, à projecteur, etc. Trois de ces ouvrages ont été restaurés par la CIOS et sont régulièrement ouverts aux visiteurs (voir plus loin).

 

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La Corbière – Cette casemate restaurée avec son canon de 10,5 cm K331(f) est un des meilleurs exemples de ce type d'ouvrage de défense des plages dont il existait de nombreux exemplaires à Jersey. Il s'agit d'une casemate type Jäger ou 692 qui n'existe que dans ces îles et conçu spécialement pour recevoir le canon de 105 Mle 13 Schneider adapté avec un affût à bouclier.

 

Murs antichars

Parmi les innombrables travaux de fortification allemands dans les îles Anglo-Normandes, les murs antichars des plages de l'île de Jersey méritent une attention particulière, tant par leur étendue (plus de 7 kilomètres au total !) que par leur excellent état de conservation aujourd'hui près de 80 ans après leur édification.

Les côtes ouest, sud et est de Jersey sont en effet constituées d'une succession de vastes plages qui auraient pu être choisies par les Alliés pour des opérations de débarquement ou de commandos. Le raid britannique sur Dieppe en 1942 ne fit que renforcer les Allemands dans leurs plans de défense des plages, non seulement par de nombreux organes de tir mais aussi par l'édification d'un puissant obstacle antichar continu en béton armé.

Jersey a donc vu la construction d'une dizaine de murs antichars qui pouvaient atteindre 6 mètres de hauteur et une épaisseur de plus de 2 mètres à la base. En bien des endroits, la tâche des Allemands a d'ailleurs été facilitée par l'existence de murailles anti-érosion en granit construites avant 1940 et auxquelles se sont juxtaposés les murs en béton de l'O.T.

Ces murs antichars ont été numérotés d'ouest en est et désignés PzM 1 (Panzermauer) à PzM 9 :

  • PzM 1 à 5
    Baie de St-Ouen, côte ouest. Raccordés entre eux par des sections en granit, ces murs forment un obstacle continu de plus de 6 kilomètres d'étendue d'une extrémité à l'autre du rivage, limité et défendu au sud et au nord par des pointes rocheuses solidement fortifiées et flanqué par de nombreuses casemates et postes de tir (voir plus haut, chapitre Points d'appui).
  • PzM 6
    Baie de St-Brelade, côte sud-ouest. Séparé dans sa partie centrale par la pointe du Grouin, ce mur en deux parties s'étend sur plus de 2 kilomètres.
  • PzM 7
    Baie de St-Aubin, côte sud. Long de plus d'un kilomètre et en deux parties, ce mur s'étend entre La Haule et Bel Royal.
  • PzM 8
    Baie de St-Clément, côte sud-est. Long de quelques centaines de mètres seulement entre les pointes Le Nez et Le Hocq, ce mur est la seule partie réalisée du PzM 8 qui devait s'étendre jusqu'à La Rocq, pointe sud-est de Jersey. Un coup d'œil aux champs d'écueils qui précèdent le rivage et découvrent à marée basse permet d'admettre que ce PzM n'était pas vraiment indispensable...
  • PzM 9
    Baie de Grouville, côte est. Mur d'un kilomètre entre Fort Henry et Fort William.

Des 8,2 km de murs projetés, 7,4 km ont été effectivement construits. Précisons qu'un tel développement des murs antichars ne se retrouve ni à Guernesey, ni à Aurigny qui en possédaient chacune environ un kilomètre. De tous les travaux allemands ce sont certainement les seuls qui ont vraiment rendu service à Jersey puisqu'aujourd'hui encore ces murailles demeurent en très bon état et s'opposent efficacement à l'action érosive de la mer.

 

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Baie de St-Ouen – Les plages de cette vaste baie située à l'ouest de l'île sont dotées encore aujourd'hui d'une longueur exceptionnelle de murs antichars, les PzM 1 à 5. Ceux-ci s'étendent sur plus de six kilomètres.

 

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Baie de St-Ouen – Dans la partie nord du mur de cette baie, à proximité de la Kempt Tower, une avancée du mur abrite deux casemates de 4,7 cm de flanquement des plages. De nombreux autres ouvrages, toujours visibles, battaient le mur et ses arrières.

 

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Baie de St-Brelade – Avec sa partie sud le mur antichar PzM 6 s'étend sur près de deux kilomètres avec une hauteur moyenne de 6 mètres.

 

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Baie de St-Brelade – La pointe du Grouin sépare les deux parties de ce mur antichar PzM 6 et avec deux casemates antichars opposées (types 680, canon de 7,5 cm au nord, et 631, canon de 4,7 cm, au sud) constitue le point d'appui de ce nom. La partie est de ce mur s'étend en fait dans la baie de Ouaisne. Détail rare, deux faux créneaux pour arme légère ont été ménagés dans le mur sud.

 

Bunkers-PC

Les bunkers à fonction de PC abondent à Jersey. Chaque grande unité – artillerie, infanterie, Flak, marine – avait le sien. Certains ont été aménagés en musée pendant un temps puis ont fermé. L'un ou l'autre peut cependant encore être visité. Plus d'une douzaine de bunkers abritaient les seuls PC de régiments et de bataillons, ainsi que celui du Festungskommandant, sans parler des nombreux abris ayant servi de PC aux unités subalternes. Parmi les plus importants, citons :

  • PC du I/1265 HKAR, à la Côte, St.Ouen.
  • PC du II/1265 HKAR, à l'observatoire M10 à la Moye.
  • PC du I/319 AR, au Mont de la Rocq, St.Brelade.
  • PC du II/319 AR, au Mont Mallet, Gorey.
  • PC du I/582 IR, St.Matthew's Church, St.Peter.
  • PC du II/582 IR, à Bel Royal, St.Lawrence.
  • PC du III/582 IR, à la Hougue Bie, Grouville.
  • PC du IV/582 IR, au NE de Trinity Church, Bouley.
  • PC du 364 Gem. Flak Abt., au Mont Felard, NO de Millbrook, St.Lawrence.

Au centre-ouest de l'île, à l'Aleval, St.Peter, se tenait le Kernwerk, c'est-à-dire le quartier général de guerre du commandement à Jersey. C'est un groupe de 6 bunkers, trois d'entre eux étant du type 609 SK (deux étages), deux autres du type 618 SK (transmissions, deux étages).

À la Hougue Bie, au centre-est de l'île, diverses curiosités constituent les thèmes historiques du musée de la Société Jersiaise dans le parc duquel est enterré l'ancien PC du III/582 IR, lui-même aménagé en musée-mémorial 1940-45.

 

Installations souterraines

Obligés de concentrer sur un territoire relativement exigu des quantités considérables de munitions, matériels, carburant, vivres, etc. les Allemands n'eurent d'autre solution pour les mettre à l'abri que de creuser dans le sol de l'île un grand nombre de souterrains. Si certaines de ces installations peuvent être visitées aujourd'hui, la plupart d'entre elles sont soit inaccessibles, soit murées. D'autres sont restées au stade de l'ébauche et quelques-unes n'ont jamais pu être localisées !

Au total une vingtaine de ces tunnels ont été mis en chantier mais deux seulement ont été entièrement achevés, deux autres sont restés dans un état d'achèvement avancé et trois sont restés inachevés. Les autres étaient soit en construction, soit seulement ébauchés.

Les Allemands ont désigné ces souterrains par le sigle Ho.1 à Ho.19 (Ho, Hohlgangsanlage, installation souterraine). L'un des plus importants (Ho.8) est aujourd'hui la principale attraction touristique de Jersey et, sous l'enseigne de Jersey War Tunnels #3 Précédée pendant longtemps par celle de German Underground Hospital (Hôpital souterrain allemand).(Tunnels de la guerre de Jersey), il attire chaque année des milliers de visiteurs. Son aménagement actuel, commercial et sophistiqué, ne permet guère d'imaginer son état à l'époque. En fait, ce souterrain était prévu initialement pour servir de cantonnement et d'ateliers à l'artillerie. Ce n'est qu'en 1944 qu'il fut partiellement aménagé en hôpital protégé mais finalement il n'a jamais servi comme tel.

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L'hôpital souterrain allemand Ho.8, aujourd'hui les Jersey War Tunnels, est la principale attraction touristique de l'île. C'est un labyrinthe de galeries et de salles qui se développe sur plus de 1000 mètres et a été parfaitement restauré en musée de l'occupation allemande. Ici l'entrée principale qui est aussi l'entrée des visiteurs (Dave Black, daveblack.biz et uncoupleenvadrouille.fr).

 

Rappelons brièvement quelles étaient la localisation et la fonction de ces différents "tunnels" :

  • Ho.1   
    Route de l'Aleval, St. Peter's Valley, Le Pissot, magasin à munitions. Ouvrage inachevé mais utilisé à partir de mai 1944. Il comporte trois entrées, deux issues de secours en puits et environ 1600 mètres de galeries accessibles, en partie bétonnées, certaines avec voie de 60.    D'après les projets et peut-être au-delà de certaines zones éboulées il y aurait eu au total plus de 2500 mètres de galeries. L'ouvrage a connu diverses utilisations depuis 1945 dont l'exploitation d'une champignonnière.
  • Ho.2   
    Vis-à-vis de Ho.1. Prévu comme dépôt de vivres. Ouvrage inachevé, coupé d'éboulements et dangereux, comportant deux entrées et environ 900 mètres de galeries partiellement    bétonnées. Pendant longtemps rempli de matériel allemand, plusieurs fois muré, ce souterrain a été le théâtre de deux drames : en 1952 deux adolescents en panne de lumière s'y sont égarés, deux autres en 1962 y ont péri par asphyxie due aux fumées d'un précédent incendie. Divers projets dont l'installation d'un "Occupation Museum" ont été élaborés mais actuellement l'ouvrage demeure toujours vide et à l'abandon. Il est cependant considéré comme le plus intéressant de tous les ouvrages souterrains de Jersey.
  • Ho.3    
    Bellozane Vallée, St-Hélier, dépôt de munitions. Ouvrage resté au stade de projet.
  • Ho.4    
    Grands Vaux, Trinity, St. Saviour, dépôt de munitions. Ouvrage en cours de construction mais a été utilisé à partir de mai 1944. Vaste complexe de tunnels au plan proche de Ho.1 comprenant deux entrées, une issue de secours en puits et un développement d'environ 1200 mètres de galeries en grande partie bétonnées et avec voie de 60. Sert actuellement de dépôt à la Cie des Eaux de Jersey.
  • Ho.5   
    St. Aubin, prévu comme dépôt de carburant mais a servi de dépôt de munitions en raison de sa proximité avec trois batteries côtières. Ancien tunnel de chemin de fer agrandi et réaménagé, seul ouvrage souterrain allemand à Jersey totalement bétonné et achevé. Comprend les deux entrées du tunnel primitif élargi, une issue de secours en puits et environ 550 mètres de galeries. Celles-ci possèdent une voie de 60 et une voie métrique de raccordement, à l'époque, au réseau extérieur de l'O.T. Un mur anti-souffle masquait l'entrée sud du tunnel. L'ouvrage sert aujourd'hui de dépôt au Service des Travaux Publics de l'l'île.
  • Ho.6   
    Petite Route de l'Aleval, Le Pissot, St. Peter's Valley, prévu comme abri à personnel mais peut-être muré aussitôt après la guerre, son emplacement exact demeure incertain. Il serait situé à proximité du Kernwerk mais peut-être aussi n'a-t-il jamais été construit...
  • Ho.7   
    Meadowbank, Cap Verde, St. Peter's Valley, prévu en tant que dépôt d'artillerie mais resté au stade des fouilles.
  • Ho.8   
    Meadowbank, St. Lawrence, c'est le bien connu Jersey War Tunnels évoqué plus haut.
  • Ho.9   
    Bellozane Valley, prévu pour abriter une centrale électrique mais est resté au stade de projet.
  • Ho.10 
    Grands Vaux, St. Saviour, dépôt de vivres. Ouvrage inachevé, comportant deux entrées et une seule galerie de 180 mètres en grande partie bétonnée.
  • Ho.11 
    Grands Vaux, abri à personnel. Probablement resté au stade des projets.
  • Ho.12 
    Grands Vaux. Destiné à être un dépôt de carburant mais a seulement été ébauché sur une cinquantaine de mètres.
  • Ho.13 
    Beaumont Valley, St. Peter, dépôt de munitions de la Flak. En construction. Ouvrage à deux entrées, une issue de secours en puits, et environ 500 mètres de galeries partiellement bétonnées.
  • Ho.14 
    Mont au Roux, La Haule, St. Brelade. Prévu pour être un dépôt de carburant de la Flak mais est resté au stade de l'ébauche seulement. Localisation exacte inconnue.
  • Ho.15 
    Beaumont Valley, St. Peter. Prévu probablement comme magasin. En construction. Simple galerie de 250 mètres, à deux entrées, dont seul le sol a été bétonné.
  • Ho.16 
    Beaumont Valley. Probablement destiné à être un abri à personnel mais travaux seulement ébauchés.
  • Ho.17 
    Rien de précis n'est connu sur ce tunnel, ni sa localisation, ni sa destination !
  • Ho.18 
    Egalement l'un des mystères de l'occupation allemande de Jersey. Supposé être un hôpital souterrain et aurait pu être situé dans la quartier de Westmount, à St-Hélier.
  • Ho.19-20
    La Folie, port de St-Hélier. Prévu comme centrale électrique du port mais finalement utilisé comme dépôt de munitions. Souterrain inachevé d'environ 200 mètres dont seule l'entrée a été bétonnée.
  • Les souterrains Ho.21 à 25 étaient seulement planifiés ou à peine ébauchés. La CIOS organise parfois des visites de l'un ou l'autre des tunnels habituellement fermés. Parmi les autres ouvrages souterrains non répertoriés Ho deux sites sont à visiter (se renseigner sur place) :
    • À l'Etacquerel (au nord de la baie de St.Ouen) une casemate 670 pour une pièce de 10,5 cm flanquant les plages de l'Etacq et située au pied du rocher du même nom n'est accessible que par l'ouvrage souterrain qui lui est annexé. L'ensemble est (était ?) en excellent état de conservation et comprend (v. photos) :
    • À Verclut (Baie de St.Catherine, nord-est de l'île), une autre casemate 670 pour canon de 10,5 cm n'était initialement accessible que par une galerie souterraine de 80 mètres environ. Aujourd'hui l'entrée se fait par l'embrasure élargie.
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    L'Etacquerel – Un véritable petit ouvrage souterrain comportant une entrée avec défense et porte blindée, une galerie de communication et plusieurs chambres est ici annexé à une casemate type 670 pour canon de 10,5 cm.

     

    Les ouvrages de la CIOS

    L'active Channel Islands Occupation Society a pris en charge à partir de 1978 un certain nombre d'ouvrages et de sites, progressivement restaurés et rééquipés, puis régulièrement ouverts au public en saison. Compte tenu de l'état désastreux de la fortification allemande après élimination quasi-totale des armements et le passage dévastateur des ferrailleurs dans l'immédiat après guerre, cette action est remarquable et la visite des ouvrages de la CIOS mérite à elle seule un séjour à Jersey.

    D'ouest en est et du nord au sud, il faut voir (consulter le calendrier des ouvertures) :

    • Batterie Moltke
      Les Landes, pointe nord-ouest de l'île. Dernier en date des sites pris en charge, on peut y parcourir des passages souterrains reliant des bunkers-abris pour personnel et munitions à un emplacement de tir (voir plus haut, sous Batteries d'artillerie).
    • Casemates de La Carrière
      Baie de St. Ouen, côte ouest. Des cinq bunkers constituant le centre de résistance de La Carrière, deux ont été restaurés par la CIOS : une casemate Jäger pour pièce de 10,5 cm devant battre les plages vers le nord, et une casemate 631 pour 4,7 cm tournée vers le sud (visites sur demande).
    • Bunker de La Mare
      Val de la Mare, Baie de St. Ouen, à 1 km à l'est des plages. Bunker du type 632 avec sa cloche à 6 créneaux (6-Schartenturm) parfaitement camouflée sous un revêtement de rocaille.
    • Point d'appui de La Corbière
      Groupe de cinq ouvrages dont trois ont été restaurés par la CIOS :
      • un bunker type 606 pour projecteur avec deux emplacements extérieurs,
      • un bunker type 633 pour lance-grenades, relié par galerie bétonnée à...
      • un bunker type 634 pour cloche de mitrailleuse à 6 créneaux (ferraillée),
      • un bunker Jäger/692 ayant conservé sa pièce de 10,5 cm K331(f) d'origine.
    • Bunker de commandement de Noirmont Point
      Pointe de Noirmont, côte sud, voir sous Batterie Lothringen, chap. Batteries d'artillerie.Bunker de commandement à deux étages type marine M 132 qui a conservé ses coupoles blindées jumelées et sur lequel le télémètre a été reconstitué.
    • Tour d'observation MP1
      Pointe de Noirmont, côte sud, voisine du bunker de commandement M 132, voir sous Observatoires et postes de direction du tir. Importante tour en béton à 6 niveaux, haute de 17 mètres.
    • Casemate 4,7 cm de Millbrook
      Baie de St. Aubin, côte sud. Remblayé en 1946, ce bunker du bord de mer de St-Hélier a été rouvert pour la première fois en 1985 puis soigneusement restauré. C'est une casemate pour un canon de 4,7 cm Pak36(t) et mitrailleuse associée (arme mixte) destinée à flanquer la plage vers l'ouest. Acquise à Cherbourg, l'arme a retrouvé son emplacement dans le créneau. Les autres locaux du bunker – chambre de repos, ventilateurs et filtres, etc. – ont bien entendu été également restaurés et rééquipés.

     

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    La Corbière – Vue plongeante sur la casemate type Jäger ou 692 restaurée par la CIOS et régulièrement ouverte aux visiteurs.

     

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    La Corbière – Vue rapprochée sur l'embrasure de cette casemate et sa pièce de 10,5 cm K331(f), initialement canon français de 105 Mle 1913 Schneider dont 5 exemplaires sur 34 ont survécu à Jersey. Le parement en bois a été reconstitué comme à l'époque, à la fois comme coffrage perdu et revêtement destiné à absorber les shrapnels.

     

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    La Corbière – Vue intérieure de la pièce de 10,5 cm dans la chambre de tir. À la pièce française les Allemands ont ajouté un affût adapté et un bouclier arrondi. Remarquer le panorama de tir et les objectifs repérés.

     

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    Val de La Mare – Un camouflage de rocaille dissimule encore parfaitement la cloche à 6 créneaux d'un bunker R 632 du point d'appui La Mare Mill restauré par la CIOS.

     


      

    Le cimetière des canons des Landes

    En marge de ce chapitre il faut signaler une curiosité unique que Jersey a conservé pendant longtemps, le cimetière des canons des Landes. En 1945-46 l'armée britannique s'est empressée d'éliminer l'énorme quantité d'armements, de munitions et autres matériels accumulés dans les îles par les Allemands entre 1940 et 1944. La plus grande partie de ces matériels a été embarquée sur des chalands et immergée en mer au large. Mais quelques grosses pièces d'artillerie, trop lourdes pour subir le même sort, ont été transportées en bordure du plateau des Landes et précipitées par-dessus les falaises... au pied desquelles ont pouvait pendant longtemps les voir à marée basse.

    Toutefois, à partir de 1979, une succession d'opérations de récupération a permis le sauvetage de quelques belles pièces:

    • en 1979, un tube de 15 cm K 18, visible maintenant à la batterie Lothringen à Noirmont Point,
    • en 1990 et 1991, une pièce de 15,5 cm K 418(f), complétée et réinstallée à l'emplacement n° 4 de la batterie Moltke voisine,
    • en 1992, un tube de 15 cm SK L/45, également exposé maintenant à la batterie Lothringen,
    • en 1993, un tube de 21 cm Mrs 18 et un autre de 22 cm K 532(f), tous deux tant soit peu rénovés et exposés maintenant à la batterie Moltke.

    Il ne reste donc plus rien à voir au cimetière des canons des Landes !

     

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    Cimetière des canons des Landes – Après une première récupération en 1979, en 1987 il restait encore quantité de matériels allemands au pied des falaises et bien visibles à marée basse. Dans une flaque se reflète la tour MP3 perchée 100 mètres plus haut au sommet des pentes.

     

    Musées

    En plus des ouvrages de la CIOS que l'on peut aussi considérer comme des musées, il ne reste actuellement sur l'île que deux sites privés ouverts aux visiteurs #4 Dans le passé il y eut aussi un St. Peter's Bunker Museum (fermé au début des années 2000, ses collections vendues au German Underground Hospital puis rachetées par le Channel Islands Military Museum. Enfin, à St-Hélier s'est tenu un temps un Island Fortress Museum, assez tôt fermé et ses collections dispersées. ,

    • Souterrain Ho.8
      L'ex-German Underground Hospital (Hôpital souterrain allemand) devenu Jersey War Tunnels(Tunnels de la guerre de Jersey, voir plus haut, Installations souterraines),
    • Channel Islands Military Museum
      Situé au nord des plages de la baie de St-Ouen, près de la tour Martello Lewis Tower. Il est installé dans une casemate Jäger/692 ayant abrité un canon de 10,5 cm K331(f) et expose de nombreux matériels, armements, équipements, uniformes et documents datant de l'Occupation. On y remarque entre autres un 2 cm Flak 30/38 et un exemplaire du fameux transmetteur-récepteur crypté Enigma.

     

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    L'entrée du bunker type Jäger/692 des Laveurs abritant aujourd'hui le Channel Islands Military Museum. Elle est surmontée d'une tourelle APX-R de char Renault R35 initialement installée au fort de St-Aubin (Damien Horn).

      

    Programme de visite suggéré

    1.   Batterie Lothringen, Noirmont Point, PDT M 132 et tour-PDT MP1.
    2.   Batterie Moltke, Les Landes, et tour-PDT MP3.
    3.   Baie de St-Ouen, murs antichars, points d'appui, casemates.
    4.   Channel Islands Military Museum, Lewis Tower, baie de St-Ouen.
    5.   Groupe d'ouvrages de La Corbière et PDT MP2.
    6.   Elizabeth Castle, ancien fort renforcé en point d'appui.
    7.   Hôpital souterrain (Jersey War Tunnels), Meadowbank.
    8.   Casemate 4,7 cm de Millbrook.
    9.   Casemates de La Carrière, baie de St-Ouen.
    10. PC et PDT de La Moye, côte sud-ouest .
    11. Mur PzM 6, baie de St-Brelade et point d'appui du Groin.
    12. Souterrain de L'Etacquerel, au nord de la baie de St-Ouen.

     

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    Bunker d'une autre époque ou œuvre d'art futuriste ?

     

           Chapitres suivants :

    • Introduction
    • Guernesey (en préparation)
    • Aurigny (en préparation)