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Le Mur de l'Atlantique
dans les îles Anglo-Normandes

Jersey – Guernesey – Aurigny

 

 

Des confins du Cap Nord en Norvège à la frontière franco-espagnole peu de segments du Mur de l'Atlantique ont connu une aussi intense frénésie de fortification que l'archipel des trois principales îles Anglo-Normandes. Et de nos jours, peu d'endroits impliqués par ce fameux Mur recèlent encore une telle quantité d'ouvrages bétonnés préservés sur un si petit territoire.

À peine arrivés à Cherbourg le 19 juin 1940 après l'invasion de la France, les Allemands prenaient des dispositions pour investir les toutes proches îles Anglo-Normandes et compléter ainsi leur mainmise des côtes de la Manche et de l'Atlantique, dans la perspective d'un futur débarquement en Grande-Bretagne.

Evacuées par les troupes britanniques et après un bref mais meurtrier bombardement des ports de St-Hélier (Jersey) et St. Peter Port (Guernesey), les îles étaient livrées sans combat à la Wehrmacht qui y débarquait à partir du 29 juin 1940 et s'y installait massivement dès le mois de juillet. Elles allaient être le seul et unique territoire britannique occupé par les troupes allemandes, mais cette occupation devait être des plus longues en Europe puisque leur libération n'intervint que le 9 mai 1945.

Contrôlant une bonne partie des accès maritimes au golfe de St-Malo, l'archipel Anglo-Normand occupait une position stratégique importante pour les Allemands, aussi ceux-ci mirent-ils à profit leurs cinq années d'occupation pour le fortifier puissamment dans le cadre du Mur de l'Atlantique.

Par sa directive du 20 octobre 1941, Hitler ordonna en effet l'implantation dans ces îles de fortifications permanentes puissantes dans but de convertir l'archipel en une "imprenable forteresse". L'organisation Todt se mit aussitôt à l'œuvre et dès le début de 1942 les trois îles principales, Jersey, Guernesey et Aurigny, se couvrirent rapidement d'une multitude de chantiers, à tel point qu'en 1944 ces îles étaient littéralement truffées de béton et d'acier.

Aujourd'hui encore y subsistent en grand nombre mille et un vestiges de ces travaux, tels que batteries d'artillerie côtières et lointaines, casemates d'artillerie côtière et de défense des plages, tours et blocs observatoires, postes de tir, abris, murs antichars, installations souterraines et autres bunkers de tous types.

À la Libération, l'armée britannique puis les autorités locales s'employèrent sans discernement et sans souci du long terme à éliminer armements et équipements puis à ferrailler tout élément métallique appartenant aux ouvrages fortifiés. En dépit de ces regrettables mesures qui ont fait disparaître pour toujours des équipements historiques, des organismes privés ou publics, en particulier la C.I.O.S. (Channel Islands Occupation Society, fondée en 1971), sont parvenus à sauver toute une gamme d'ouvrages et à constituer plus récemment quelques beaux musées.

La C.I.O.S. ayant déjà largement étudié et publié les nombreux évènements survenus entre 1940 et 1945 dans les îles Anglo-Normandes, tout particulièrement ceux relatifs aux travaux de fortification et d'armement, le présent dossier n'a d'autre but que de rappeler ce qu'ont été ces travaux à l'époque et ce qu'il reste à voir aujourd'hui.

 

Cadre géographique

Carte Golfe StMalo
 

 Carte de situation du golfe de St-Malo et des îles Anglo-Normandes. Les cercles indiquent le rayon d'action extrême des batteries d'artillerie des trois îles principales et de Paimpol.

 

L'archipel Anglo-Normand s'étend au large de la côte occidentale du Cotentin, donc au centre-nord du golfe de St-Malo, à une distance variant de 15 à 45 km des côtes françaises, les trois îles principales étant elles-mêmes éloignées d'une vingtaine de kilomètres l'une de l'autre. La relative faiblesse de ces distances pouvait donc permettre une totale interdiction de la zone par des feux d'artillerie terrestre de moyenne portée.

L'archipel comprend trois îles principales, JERSEY, GUERNESEY et AURIGNY (ALDERNEY en anglais), deux îles plus petites, SERCQ (Sark) et HERM, et quelques îlots. Seules les trois grandes îles seront le siège de grands travaux de fortification.

Pour les Allemands, fortifier puissamment l'archipel Anglo-Normand parallèlement à l'installation de batteries lourdes au Cap de la Hague d'une part (pointe nord-ouest du Cotentin) et dans la région de Paimpol (côte nord-bretonne) d'autre part leur permettait d'interdire à la navigation alliée tout le golfe de St-Malo et leur évitait de fortifier solidement plus de 300 kilomètres des côtes françaises entre le Cap de la Hague et Paimpol.

C'est ainsi qu'entre ces deux sites et à l'exception des batteries de l'île de Cézembre (6 pièces de 194 mm) protégeant l'accès au port de St-Malo, on ne trouve aucune batterie lourde.

Autre avantage, le faible relief de chacune des trois îles principales a permis aux Allemands d'y installer des batteries d'artillerie pouvant agir sur 360°. Les pièces d'artillerie de ces batteries ont donc été quasiment toutes, à quelques rares exceptions près, placées sur des plates-formes #1Le terme "encuvement", trop souvent employé, n'existe pas en matière de fortification. A bannir ! à ciel ouvert permettant aux canons de pivoter dans toutes les directions.

 

Les travaux

L'essentiel des grands travaux de fortification a été réalisé de 1942 à 1944. Comme ailleurs sur le Mur de l'Atlantique, la tâche majeure a été confiée à l'Organisation Todt, organisme paramilitaire de génie civil et militaire responsable des grands travaux du IIIe Reich. Selon l'importance des travaux, L'O.T. les répartit entre les unités locales de la Wehrmacht, les spécialistes du Génie et des fortifications et elle-même. La direction locale de l'O.T. (délégation de l'Oberbauleitung Normandie de Cherbourg) avait son siège à St-Malo.

Les travaux eux-mêmes ont été menés par des entreprises allemandes dotées de personnels sous contrat ou requis, principalement français mais aussi locaux, et surtout par plusieurs milliers de prisonniers polonais et russes, des Espagnols, Nord-Africains, etc. L'encadrement allemand, civil et militaire, était inférieur à 10 % de la totalité du personnel.

Les îles ne pouvant fournir, comme matières premières, que du sable, du gravier et de la rocaille, la quasi-totalité des fournitures (ciment, fers, équipements, armements, munitions, carburants, vivres, etc.) dut être transportée depuis la France par voie maritime. L'O.T. organisa donc toute une noria de lignes de navigation entre les ports de St-Malo, Granville, Cherbourg et les îles, transport qui ne prit fin qu'avec la libération du Cotentin et la prise de St-Malo par les Américains respectivement en juin et août 1944.

Par rapport à l'ensemble des côtes du continent, la concentration des travaux de l'O.T. sur les îles Anglo-Normandes a été tout à fait exceptionnelle. Quelques chiffres donneront une idée de l'ampleur et de la densité de ces travaux sur les trois îles principales :

  • plus de 600 000 m3 de béton coulés,
  • 36 batteries d'artillerie côtières comportant au total 146 pièces de 75 à 305 mm,
  • 86 batteries de Flak,
  • 37 Stp (Stützpunkte, points d'appui) et 118 WN (Widerstandsnester, points de résistance),
  • 10 km de murs antichars,
  • une trentaine de "tunnels" et installations souterraines,
  • plusieurs centaines d'autres ouvrages bétonnés : casemates d'infanterie, bunkers PC, bunkers lance-grenades M19, bunkers téléphoniques, abris, soutes, tobrouks, observatoires, blocs usines, etc...

Rappelons sans trop entrer dans le détail quelles ont été les principales réalisations fortifiées établies dans les trois grandes îles.

 

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