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Combats

 

La mort héroïque du soldat Beaulieu

Des tourelles 35/37 ont combattu pendant la campagne de 1939-1940, que ce soit dans la trouée de la Sarre, dans le Nord ou dans les Alpes. L'exemple le plus édifiant est très certainement celui de la tourelle n° 504 de Vieux-Condé, dans le Nord, et de son servant le soldat Beaulieu.

Le 16 mai 1940 la 7e Panzer de l'armée allemande a franchi la frontière franco-belge à Clairfayts, au sud-est de Maubeuge, et envahi le Nord. Le 19 elle atteint Cambrai. Le commandement français va alors tenter de faire barrage sur l'Escaut entre Cambrai, Valenciennes et la frontière. Dans le nord du secteur on est ici dans le Secteur fortifié de l'Escaut, tenu par le 54e RIF, mais si les ouvrages bétonnés y sont nombreux il s'agit seulement de blockhaus inachevés, souvent sans portes, ni blindages, ni ventilation, peu ou pas armés... La CORF avait bien construit une ligne de casemates plus lourdes dans la forêt de Raismes, entre la frontière et Valenciennes, mais seulement des casemates d'infanterie établies selon un tracé abandonné par la suite. En quelques points sensibles – ponts, carrefours, passages obligés – on a rapidement installé des tourelles démontables 35/37 armées d'une mitrailleuse.

Des mouvements ennemis sont signalés le 20 mai au nord de Valenciennes, à Hergnies et Condé-sur-l'Escaut. Des tirs de l'artillerie française et une contre-attaque retiennent l'ennemi. Depuis le 19 mai, le soldat Jules Beaulieu du 54e RIF est installé au pont du Sarteau, sur un bras de l'Escaut, face à Vieux-Condé, dans une tourelle démontable 35/37. Beaulieu dispose d'une mitrailleuse Hotchkiss de 8 mm modèle 1914. Normalement la tourelle doit être occupée par deux hommes, un tireur et un servant, mais Beaulieu est seul. Cheminot et résidant à Anzin, à côté de Valenciennes, il n'est pas loin de chez lui. Sa mission : ne pas bouger, monter la garde et interdire le passage du pont du Sarteau, pont dynamité mais toujours utilisable par des troupes à pied.

Le matin du dimanche 20 mai, Beaulieu rédige dans la tourelle une lettre à ses parents. Il est conscient que seul face aux Allemands et à leurs blindés il a peu de chances de s'en tirer vivant. Il est cependant résolu à obéir aux ordres et à accomplir sa mission coûte que coûte. En fin de journée un détachement allemand de la 269e ID venant de Vieux-Condé tente de franchir le Sarteau. Dès qu'il les aperçoit, Beaulieu ouvre le feu. Des fantassins allemands tombent, d'autres se dissimulent, cloués sur place. La Hotchkiss crépite sans arrêt, les gaz des tirs envahissent l'étroite tourelle. Beaulieu continue de tirer.

Pendant un long moment les Allemands ne voient pas d'où viennent ces feux meurtriers mais ils finissent par repérer la tourelle malgré son camouflage de grillage recouvert de feuilles et de branchages. La mitrailleuse ne pouvant rien contre lui, un blindé réussit à s'approcher à moins de 100 mètres et à ouvrir le feu à coups de 50 mm. Quatre coups frappent de plein fouet la tourelle. Jules Beaulieu n'a pas bougé, il est mort à son poste. Combien d'hommes les Allemands ont-ils perdu ? Plusieurs dizaines selon certaines relations de ce fait de guerre.

Enterré d'abord à côté de la tourelle (dans laquelle on trouvera la lettre à ses parents), le corps du valeureux soldat Beaulieu a été exhumé et transféré le 24 juin 1940 au cimetière d'Anzin où un détachement allemand lui a rendu les honneurs. Il était l'un des nombreux héros oubliés de la malheureuse campagne de mai-juin 1940.

La tourelle n° 504 de Vieux-Condé est demeurée sur son emplacement de 1940, aménagé au sein d'un square et d'un monument commémoratif. Le site est aujourd'hui quelque peu modifié par rapport à cette photo.

La tourelle présente sur sa face avant quatre impacts de 50 mm dont trois l'ont perforée mettant un terme à l'héroïque résistance du soldat Beaulieu.

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A lire

  • l 1939-1945 dans le Nord de la France et en Belgique. Editions Nord-Eclair, n° 1.
  • l Jean-Paul Visse – Mai 1940. Sang et larmes sur le Nord. Ed. La Voix du Nord, 1990.

Add. : la tourelle n° 504 de Vieux-Condé aurait été construite par l'entreprise Fives-Cail-Babcock, important groupe sidérurgique-métallurgique qui possédait plusieurs unités dans le Nord, notamment à Denain et Lille-Fives.

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