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Tourelles

A côté des cloches et des guérites de guet et d'observation qui sont des organes passifs, les intervalles ont été garnis d'organes blindés actifs, c'est-à-dire capables d'une action défensive par les armes : les tourelles. Deux types de tourelles émergent majoritairement dans cette catégorie : les tourelles de char réformés et les tourelles de mitrailleuses en éléments dites aussi tourelles démontables.

Conséquence de la redoutable efficacité en 1914-1918 contre un assaut d'infanterie de simples nids de mitrailleuse bien embusqués, les états-majors ont mis à l'étude vers 1930 un engin mobile, facilement transportable, destiné à abriter une mitrailleuse sous une protection blindée et doté de divers perfectionnements.

Inspirées de la tourelle mobile allemande Gruson-Schumann pour un canon de 53 mm Krupp réalisée dès 1889 et destinée à équiper les parapets des "Festen" [1], ces études aboutissent à la fabrication en série de la tourelle démontable modèles 1935 et 1937. Plus de 600 exemplaires au total des deux modèles ont été construits et installés sur l'ensemble des fronts, de la mer du Nord à la Méditerranée, y compris ceux du Rhin et du Jura. Quelques tourelles ont combattu et subi l'épreuve du feu, en particulier dans le Nord, les Ardennes et surtout au cours des combats des 14-15 juin 1940 dans la trouée de la Sarre.

La grande majorité d'entre elles a ensuite disparu durant l'occupation allemande en raison des grands besoin en métal du Reich. Sur le front des Alpes, les Italiens [2] ne semblent pas avoir eu les mêmes préoccupations puisque la plupart de ces tourelles étaient encore en place longtemps après la fin de la guerre. Aujourd'hui, quelques exemplaires plus ou moins dépouillés, demeurent en place, en particulier dans le Nord, le Jura, en Tarentaise, Maurienne, Ubaye et dans les Alpes Maritimes. Des musées Maginot en préservent heureusement aussi quelques exemplaires : Fermont, Hackenberg, Rohrbach, Simserhof, Hatten (Esch) et Uffheim.

Parallèlement à la tourelle Mle 35/37 les intervalles ont également été truffés par de petites tourelles de récupération sur des chars Renault FT 17 réformés. Il s'agit de tourelles pour une mitrailleuse, le créneau étant adapté à la 7,5 mm MAC Mle 1931 dite Reibel en remplacement de la Hotchkiss de 8 mm Mle 1914 à l'origine. Ces tourelles sont généralement installées sur un petit blockhaus bétonné, la carcasse du char servant de coffrage et d'abri, le compartiment moteur ayant été vidé auparavant. Jusqu'aux alentours de 1985 la plupart des tourelles existaient encore, plus ou moins complètes. Quelques-unes ont été récupérées par les associations Maginot.

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Tourelle FT 17 : jusque vers 1990 le char enterré FT 17 de Vahl-Ebersing (Moselle, S.F. de la Sarre) et sa tourelle étaient l'un des emplacements de ce type les plus intéressants. Au 1er plan, le puits d'accès à l'abri bétonné et au char, puis la tourelle de mitrailleuse et, au fond, la fosse de réception des douilles. La tourelle n'existe plus aujourd'hui à cet emplacement.


Tourelle FT 17 : l'intérieur du char FT 17 de Vahl-Ebersing, vu depuis le compartiment moteur. En haut, la tourelle et ce qu'il reste de l'affût de la MAC 1931 et le support de la lunette de visée. En bas, le tube d'évacuation des douilles. Tous les équipements superflus du char d'origine ont évidemment été déposés avant l'installation du char.


Tourelle FT 17 : dans un verger proche de Puttelange-aux-Lacs (Moselle, S.F. de la Sarre) a survécu pendant longtemps une tourelle FT 17, bien qu'ayant déjà perdu portières, tourelleau et support d'arme.

Tourelle FT 17 : la tourelle proche de Rémering (Moselle, S.F. de la Sarre), dans la zone des inondations préparées. On peut remarquer que le compartiment moteur du char n'a pas été recouvert de béton.

Tourelle FT 17 : de nombreuses tourelles gisaient ainsi dans la nature jusqu'aux années 1990 avant récupération ou… disparition définitive. Celle de Biding (Moselle, S.F. de la Sarre) dont on voit le blockhaus attenant a heureusement pu être sauvegardée. Sur le gros plan de la tourelle on voit bien le support d'arme et le petit masque blindé de la lunette de visée.

Tourelle FT 17 : vue d'ensemble du blockhaus-abri attenant au char FT 17 enterré et bétonné de Hoste-Cappel (Moselle, S.F. de la Sarre) et vue rapprochée de sa tourelle.

Tourelle FT 17 : autre tourelle, proche de Cappel et Valette (Moselle, S.F. de la Sarre) ayant déjà perdu quelques éléments et longtemps restée ainsi à l'abandon avant d'être récupérée par quelque association.

Tourelle FT 17 : exemplaire restauré par l'AALMA [3] et visible sur le site de la casemate Esch à Hatten (Bas-Rhin).

Tourelle démontable 35/37 : restée pendant longtemps l'une des mieux préservées, la tourelle n° 368 (fabrication Firminy) proche du Grand-Taureau et de la frontière suisse, dans la région de Pontarlier (Doubs, S.F. du Jura), a disparu un beau jour sans laisser de trace… Qui pourra nous en dire plus ? On remarque sur la 2e photo l'entrée du blockhaus logeant la tourelle et portant la date 1939.

Tourelle démontable 35/37 : la tourelle n° 380 (Firminy) de Remoray-Bougeons (Doubs, S.F. du Jura) a été préservée de justesse et récupérée en 1992 par l'association Mémorial Maginot de Haute-Alsace d'Uffheim où, remise en situation sur un blockhaus reconstitué, elle est visible aujourd'hui. On la voit ici à son emplacement d'origine, non loin de la frontière suisse par où l'irruption de l'ennemi n'était pas exclue…


Tourelle démontable 35/37 : la tourelle n° 374 (Firminy) de Granges-Boutiaux, non loin des Verrières-de-Joux, sur la frontière franco-suisse (S.F. du Jura). Préservée par son propriétaire et assez complète, cette tourelle existe toujours telle quelle.


Tourelle démontable 35/37 : parfaitement restaurée et remise en situation sur le site du P.O. de Rohrbach (Moselle, S.F. de Rohrbach), la tourelle récupérée à Cappel (S.F. de la Sarre).

Tourelle démontable 35/37 : en 1940 dans le Secteur fortifié de Haguenau, aux alentours de Hatten, un lieutenant du 23e RIF pose derrière une tourelle fraîchement installée. On peut remarquer les toiles de camouflage enlevées temporairement pour les besoins de la photo. Celle-ci est d'ailleurs tout à fait exceptionnelle, les photographies de sites militaires étant alors strictement interdites.

Tourelle démontable 35/37 : quelque part dans les Ardennes en 1940, une tourelle est pointée vers la vallée de la Meuse, probablement près de Monthermé (photo extraite du Denkschrift). A noter, la présence du petit périscope de guet.


Tourelle démontable 35/37 : octobre 1940, quelques troupiers de la Wehrmacht examinent une tourelle aux alentours de Hunspach (S.F. de Haguenau, Bas-Rhin nord).


Tourelle démontable 35/37 : dans les Alpes, une tourelle (n° 607) surplombe le vallon des Sagnes proche de la frontière italienne, dans le Secteur fortifié du Dauphiné.


Tourelle démontable 35/37 : face à la Tour des Sagnes (2364 m), la tourelle sud du vallon des Sagnes (n° 606) sur son emplacement bétonné.


Tourelle démontable 35/37 : gros plan sur la tourelle n° 606 du vallon des Sagnes. Elle a perdu le carter blindé de l'arme mais possède toujours le capot d'accès supérieur.

Tourelle démontable 35/37 : les deux tourelles de Cysoing, n° 358 et 363, dans le Secteur fortifié de Lille, sur leurs emplacements bétonnés.

Tourelle démontable 35/37 : deux vues de la tourelle n° 597 du Châtelard, sur les hauteurs de Bourg-St-Maurice (Secteur fortifié de Savoie), ou de ce qu'il en reste…


Tourelle démontable 35/37 : vue d'une tourelle munie de son grillage de camouflage (photo extraite du Denkschrift).

Tourelle démontable 35/37 : fait exceptionnel, la tourelle n° 564 du Châtelet, à St-Paul-sur-Ubaye (Secteur fortifié du Dauphiné), a conservé pendant longtemps son grillage de camouflage garni de fragments de ciment.


Tourelle démontable 35/37 : la deuxième tourelle (n° 565) du Châtelet, à St-Paul-sur-Ubaye (Secteur fortifié du Dauphiné) contrôle tout le vallon de l'Ubaye en direction de la frontière. Une petite galerie bétonnée permet un accès protégé à la tourelle.


Tourelle démontable 35/37 : quelque part dans la région de Rocroi (Secteur défensif des Ardennes) en 1940, une tourelle avec son dispositif de camouflage recouvert d'herbe semble-t-il et… bien peu efficace (photo extraite du Denkschrift).

Tourelle démontable 35/37 : la tourelle n° 504 de Vieux-Condé (au nord de Valenciennes, Secteur fortifié de l'Escaut) dans laquelle, le 20 mai 1940, le soldat Jules Beaulieu du I/54e RIF a héroïquement résisté avec sa mitrailleuse contre les tentatives des Allemands pour franchir les ponts sur l'Escaut, avant d'être tué à son poste. On voit parfaitement les quatre impacts de 47 mm antichar qui ont mis fin à l'action de ce héros. La tourelle est restée un mémorial jusqu'à nos jours.

Tourelle démontable 35/37 : vue d'ensemble d'une tourelle restaurée par l'AALMA et visible aujourd'hui en situation sur le site de la casemate Esch à Hatten (Bas-Rhin nord). On en voit parfaitement, de bas en haut, le cuvelage et la couronne en tôle d'acier qui sont normalement logés dans le sol ou dans le béton, et les quatre éléments supérieurs blindés et camouflés.


Tourelle et guérites : côte à côte, après avoir été restaurées par les soins de l'AALMA, une casemate TSF de char FT 17, une guérite OD 92 et sa calotte OD 95, et une tourelle par éléments Mle 1935, tous visibles aujourd'hui à Hatten.


[1] des exemplaires sont visibles en Suisse aux musées militaires de St-Maurice (Valais) et du fort d'Airolo (Tessin). Festen = importants groupes fortifiés réalisés par les Allemands à la fin du 19e siècle et au début du 20e, en particulier à Mutzig et autour de Metz et Thionville.

[2] qui occupaient le Sud-Est de la France jusqu'en 1942.

[3] Association des Amis de la Ligne Maginot d'Alsace, 67250 Hunspach.

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